L’ordre du jour appelle :
Reprise du débat sur l’interpellation de l’honorable sénatrice Sorensen, attirant l’attention du Sénat sur l’importance du tourisme pour le développement national au Canada.
L’honorable Mary Coyle : Honorables sénateurs, c’est sur les terres non cédées de la nation algonquine anishinabe que je prends la parole aujourd’hui au sujet de l’interpellation de la sénatrice Sorensen sur la valeur du tourisme pour l’édification du pays.
Ma contribution à cette interpellation portera — vous l’aurez deviné — sur ma province, la Nouvelle-Écosse, également connue sous le nom de paradis maritime du Canada et de Mi’kma’ki. La sénatrice Sorensen nous ayant mis au défi, quand elle a présenté cette interpellation, d’examiner l’ensemble de l’écosystème touristique, j’ai décidé de me concentrer sur le secteur des arts et de la culture de la Nouvelle-Écosse, qui est très important. L’offre artistique et culturelle riche et variée de la Nouvelle-Écosse constitue un attrait majeur pour les touristes locaux, nationaux et internationaux, en plus de contribuer de manière significative à notre économie locale, provinciale et nationale.
Chers collègues, la Nouvelle-Écosse est réputée pour la beauté de ses paysages et ses sites historiques emblématiques : les eaux les plus chaudes au nord des Carolines, le long du détroit de Northumberland; le parc national Kejimkujik, où j’adore faire du canot en pleine nature; le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, où la vue sur l’océan depuis le sentier Skyline, au bord de la falaise, est à couper le souffle, tout comme la rencontre occasionnelle avec un orignal; le majestueux phare de Peggy’s Cove, perché sur une formation rocheuse d’une beauté tout aussi unique que dangereuse, sur la célèbre côte Sud de la Nouvelle-Écosse; le site du patrimoine mondial des falaises pleines de fossiles de Joggins; l’ivresse du rafting sur le mascaret de la rivière Shubénacadie, où l’on peut faire l’expérience des marées les plus hautes du monde dans la baie de Fundy.
Ou encore, venez à Antigonish, et je vous ferai visiter les endroits où mes trois filles se sont mariées. Nous irons d’abord au mont Cameron, qui offre une vue de l’estuaire qui mène au port d’Antigonish. Ensuite, nous irons sur un terrain au bord de la mer situé dans la baie St-Georges, où on trouve une plage ainsi que l’établissement Crystal Cliffs de l’Université St. Francis Xavier, et où des vedettes d’Hollywood ont passé leur lune de miel. Pour terminer, nous irons au phare de Cape George, qui offre une vue magnifique sur la baie St-Georges — où on peut voir les bateaux des pêcheurs de homard, de crabe et de thon, ainsi que des dauphins ou des baleines à l’occasion — et sur les hautes terres du Cap‑Breton.
(1820)
J’ai eu la chance de recevoir la visite des sénatrices Anderson, Sorensen, Marty Deacon et Greenwood, du sénateur Kutcher, et, bien sûr, de mon voisin de l’autre côté de la baie, le sénateur Prosper.
Nous disposons de beaucoup de sites historiques emblématiques, notamment la forteresse de Louisbourg, la citadelle d’Halifax, Port-Royal, le Black Loyalist Heritage Centre, à Bridgetown, Grand-Pré, le célèbre lieu historique national acadien, et bien d’autres. La Nouvelle-Écosse est une province d’une richesse naturelle et historique remarquable.
La Nouvelle-Écosse regorge d’artistes exceptionnels ainsi que d’institutions et d’attraits artistiques et culturels, qui sont présents aussi bien dans ses centres urbains que disséminés dans ses régions rurales et qui sont étroitement liés à son majestueux environnement naturel ainsi qu’à ses histoires riches et diversifiées, dont ils s’inspirent souvent.
Les nations mi’kmaqs de la Nouvelle-Écosse partagent leur culture et leurs arts lors de mawiomis, des rassemblements traditionnels, et de pow-wow.
Grâce à cette beauté naturelle remarquable et à la richesse de nos histoires, nos artistes en arts visuels créent des œuvres qu’ils partagent avec le monde entier. Les artistes en arts visuels de la Nouvelle-Écosse comme Maud Lewis, Alex Colville et l’artiste mi’kmaq Alan Syliboy sont peut-être bien connus de beaucoup d’entre vous, mais je peux vous assurer que les visiteurs de notre province seront impressionnés par l’abondance des divers talents artistiques qu’ils rencontreront en Nouvelle-Écosse, ainsi que par les nombreuses possibilités de voir, de découvrir, d’apprécier et d’acquérir de nombreuses formes d’œuvres d’art. Dans un article récent sur la Nouvelle-Écosse intitulé « Cette petite province à l’étonnante richesse créative », l’auteur écrit ceci : « Cette minuscule province est REMPLIE d’artistes. »
On trouve dans ma petite ville, Antigonish, plus d’artistes que je ne pourrais en compter. Certains sont diplômés de la Nova Scotia College of Art and Design University. Deux galeries situées dans notre ville, les galeries Lyghtesome et Red Sky, sont maintenant fermées après des décennies d’activité. Nous avons la chance d’avoir encore la galerie Down to Earth. De plus, la galerie de l’Université St. Francis Xavier, située dans l’édifice du Brian Mulroney Institute of Government, est une ressource remarquable pour le campus, la collectivité et les visiteurs. Une œuvre magnifique et émouvante de la partenaire du sénateur Prosper, l’artiste visuelle Antoinette Karuna, a été exposée récemment à la galerie de l’Université St. Francis Xavier.
Même le plus populaire des cafés de la ville, le Tall and Small Café de la rue Main, accueille régulièrement des expositions. Ma petite-fille Maia, dont l’art figure sur les cartes du temps des Fêtes que je vous envoie, y a présenté une exposition quand elle était encore à l’école secondaire. Cette exposition lui a rapporté 800 $.
On peut aussi voir les célèbres graffitis de Pete Norman sous des ponts et dans d’autres coins intéressants de la ville et du comté. Notre bibliothèque locale, baptisée People’s Place, resplendit grâce aux œuvres de sa collection permanente et aux expositions temporaires qu’elle présente régulièrement. Mentionnons aussi que la nouvelle maison des Sœurs de Sainte-Marthe, à Parkland, contient une magnifique peinture de l’artiste d’Antigonish Anna Syperek en hommage aux sœurs. Intitulé The Journey, ce chef‑d’œuvre attire également les visiteurs.
Le Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse, à Halifax, ainsi que de nombreuses autres galeries privées réparties dans toute la province constituent des lieux exceptionnels où les visiteurs peuvent admirer et acquérir des œuvres d’art. L’aéroport d’Halifax met en valeur les œuvres de l’artiste mi’kmaw Loretta Gould sur toutes les baies vitrées extérieures de la zone d’enregistrement des départs. Ses œuvres, ainsi que celles de nombreux autres artistes autochtones, sont également exposées à la galerie Friends United, au Cap-Breton. La zone des arrivées internationales de l’aéroport est éblouissante grâce aux œuvres de l’artiste mi’kmaw Alan Syliboy. Inspiré par la peinture rupestre mi’kmaw, il possède son propre atelier-galerie à Millbrook.
La Nouvelle-Écosse est également réputée pour ses écrivains de talent, ses lectures publiques et ses festivals littéraires. La plupart des gens associent la Nouvelle-Écosse à des auteurs comme Kate Beaton, Alistair MacLeod, Sheree Fitch, Daniel MacIvor, Linden MacIntyre, Lesley Choyce, Sheldon Currie, Leo McKay Jr., Sue Goyette, Elliot Page, Donna Morrissey, originaire de Terre-Neuve — oui, nous la revendiquons désormais —, et Rachel Reid, l’auteure à succès ayant figuré sur la liste du New York Times, dont les livres ont inspiré la série « Rivalité passionnée ». La Nouvelle-Écosse regorge également de poètes, de George Elliott Clarke, originaire de notre coin de pays, à Anne Simpson, d’Antigonish, lauréate du prix Griffin de poésie, en passant par l’artiste de la poésie parlée El Jones.
Les visiteurs comme les gens du coin sont attirés par les festivals littéraires et les événements de lecture, comme le Cabot Trail Writers Festival, le Booktoberfest à Halifax et le Read by the Sea à River John.
À propos des de festivals, l’été est le moment où les collectivités de la Nouvelle-Écosse s’animent grâce à une programmation théâtrale professionnelle. Chaque été, je me joins à mes concitoyens de la Nouvelle-Écosse et aux visiteurs de la province pour partir à la découverte des représentations théâtrales, des spectacles en plein air de Two Planks and a Passion à Ross Creek, près de Wolfville, au théâtre Ship’s Company à Parrsboro, au théâtre Baddeck, à Shakespeare by the Sea au parc Point Pleasant à Halifax, au Chester Playhouse, au festival Fringe et au Festival Antigonish au théâtre Bauer. C’est à un jet de pierre de chez moi. Le théâtre estival de calibre est en plein essor et constitue un attrait majeur pour les touristes dans notre province.
Bien sûr, nous avons la chance d’avoir beaucoup d’autres groupes de théâtre et salles de spectacle qui fonctionnent tout au long de l’année. J’ai hâte d’emmener ma petite-fille Violetta au théâtre Neptune, le théâtre le plus prestigieux d’Halifax, pour voir Come From Away en juin.
Les visiteurs et les personnes qui aiment passer les vacances chez elles trouveront les spectacles de danse proposés en Nouvelle-Écosse très agréables, qu’il s’agisse de la représentation de The Nutcracker par Halifax Dance avec le théâtre Mermaid et l’orchestre symphonique de la Nouvelle-Écosse au théâtre Rebecca Cohn, des nombreux spectacles et compétitions de danses écossaises dans toute la province ou des soirées qu’on peut passer à pratiquer la danse carrée au West Mabou Hall ou, sur la même route, au pub Red Shoe ou au pub Pipers, quand il rouvrira à Antigonish. Il y a toujours de quoi plaire aux amateurs de danse en Nouvelle-Écosse.
Impossible de danser sans musique et, à cet égard, la Nouvelle-Écosse en met plein les oreilles aux mélomanes de passage. Quand ma famille s’est installée en Nouvelle-Écosse il y a 29 ans, j’étais ravie d’assister aux Jeux écossais d’Antigonish et de découvrir la puissance et la beauté des cornemuses et des tambours écossais. J’adore le jazz, alors j’étais ravie d’apprendre que l’Université St. Francis Xavier disposait d’un département d’études en jazz de classe mondiale, qui comptait au sein de son corps enseignant des musiciens de premier plan qui se produisaient localement. J’ai été bénévole au tout nouveau Stan Rogers Folk Festival, à Canso. Mark, le fils du sénateur Manning, y est un habitué, tout comme au très populaire Celtic Colours International Festival, au Cap-Breton.
Sarah McLachlan est originaire de Nouvelle-Écosse, tout comme le groupe de rock The Trews, qui vient plus spécifiquement d’Antigonish. Bien sûr, tous les Canadiens connaissent Anne Murray, la chanteuse de Springhill lauréate de Grammy et de prix JUNO. Mentionnons au passage Joel Plaskett, Classified, Sloan, Four the Moment, Holly Cole, Neon Dreams, Natalie MacMaster, Anna Ludlow, Mary Beth Carty, Ashley MacIsaac, Ian Sherwood, Emma Stevens, qui a repris « Blackbird » de Paul McCartney en langue mi’kmaq, et Morgan Toney, violoniste de la Première Nation de Wagmatcook et lauréat d’un prix JUNO. Ils font tous la renommée musicale de la Nouvelle-Écosse.
Tout le monde est le bienvenu en Nouvelle-Écosse pour assister à un concert en soirée de l’orchestre symphonique de la Nouvelle-Écosse; pour aller avoir la série de spectacles sur scène d’Antigonish, créée par Michael Steinitz; pour s’enivrer du Festival de jazz sur le front de mer d’Halifax; ou pour assister à un concert de Heather Rankin, d’Ian McKinnon, de Rawlins Cross ou encore de Heather MacIssac, récemment nommée aux prix Juno. Vous pouvez aussi vous rendre à Cheticamp pour écouter des chansons en direct au Doryman en compagnie du sénateur Aucoin.
Chers collègues, la musique a le pouvoir de nous transporter et de nous émouvoir profondément.
J’ai eu la chance d’assister hier au spectacle musical Le Rêve de la Lyre en compagnie de mes collègues sénateurs, d’ambassadeurs et d’invités, ici même dans cette enceinte. L’événement a été planifié et animé par notre collègue, le sénateur Housakos, et son équipe. La musique était sublime; ce fut un moment absolument magique.
Voici ce qu’a dit notre Président intérimaire, le sénateur Cormier, dans ses remarques liminaires :
[Français]
Depuis l’Antiquité, la musique accompagne l’humanité comme une lumière dans l’obscurité. En Grèce ancienne, la lyre n’était pas seulement un instrument : elle symbolisait l’harmonie entre les êtres, entre la parole et le cœur, entre les peuples et la paix. Lorsque ses cordes vibraient, elles rappelaient que la beauté peut unir ce que la discorde cherche à séparer.
[Traduction]
Et tandis que les cordes vibraient, elles rappelaient que la beauté peut unir ce que la discorde cherche à séparer. On raconte que pour les Grecs anciens, la musique n’était pas une simple source de divertissement, mais une forme de philosophie, un aspect de leur identité et une source de réconfort pour l’âme.
(1830)
Voici ce qu’Andrea Boyd, directrice artistique du Festival Antigonish, notre théâtre d’été professionnel local, a déclaré dans un récent discours :
Les arts ne sont pas un luxe : ils constituent un puissant vecteur de bien-être, de cohésion et de résilience au sein de nos collectivités. Les recherches montrent que la musique, le théâtre, la danse et les arts visuels renforcent les liens sociaux et favorisent l’empathie et l’inclusion au sein de diverses populations.
Elle a poursuivi en disant :
Les arts, la culture et le patrimoine ne sont pas seulement des expériences réconfortantes. Ce sont des moteurs économiques essentiels […]
Elle a ajouté :
À l’échelle nationale, le secteur des arts et de la culture représentait 131 milliards de dollars du PIB du Canada en 2024.
Les données nationales compilées par la Chambre de commerce du Canada montrent que chaque dollar investi dans les arts génère environ 29 $ d’activité économique. Les gens qui achètent des billets de théâtre vont au restaurant, dorment à l’hôtel et magasinent dans les commerces locaux.
Les arts sont notre façon de raconter nos histoires au monde entier. La Nouvelle-Écosse est reconnue sur la scène internationale pour sa culture unique et ses communautés dynamiques.
Selon Statistique Canada, en 2023, le secteur des arts de la Nouvelle-Écosse a contribué au PIB à hauteur de plus de 2 milliards de dollars, et il a généré une production économique brute de 3,5 milliards de dollars. Le secteur des arts représente plus de 16 000 emplois, et il compte plus de main-d’œuvre en Nouvelle-Écosse que l’agriculture, la pêche et la foresterie combinées.
Honorables sénateurs, le tourisme artistique et culturel joue un rôle déterminant dans l’édification du pays. Les arts et la culture contribuent de façon importante à l’économie, tant à l’échelle des ménages qu’à l’échelle locale, provinciale et nationale. Ils permettent de bâtir et de soutenir les collectivités. Les arts et la culture nous unissent et, surtout, ils enrichissent notre esprit et nous rappellent notre humanité.
Honorables sénateurs, y a-t-il quelque chose de plus important? Merci.