L’honorable Scott Tannas : Honorables sénateurs, je suis ravi de prendre la parole au sujet de l’interpellation n o 8, qui attire l’attention du Sénat sur l’importance du tourisme pour le développement national au Canada. Je remercie la sénatrice Sorensen de nous avoir invités à voir le tourisme sous cet angle, en tant que moyen de développement national. Je souscris sans réserve à cette prémisse.
On parle souvent du tourisme en s’appuyant sur des chiffres, qu’il s’agisse des contributions au PIB, des statistiques sur l’emploi ou du nombre de visiteurs. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un moteur économique important. Il crée des centaines de milliers d’emplois, soutient les petites entreprises de toutes les régions et contribue à l’économie nationale à hauteur de plusieurs milliards de dollars. En Alberta seulement, plus de 28 000 entreprises du secteur touristique emploient près de 160 000 personnes.
Cependant, le tourisme n’est pas qu’un secteur économique. Il a une valeur plus profonde et plus durable.
Le tourisme repose fondamentalement sur une volonté de tisser des liens. Tous les habitants de ce pays ont des lieux géographiques, une culture et une histoire à faire découvrir. Cette expérience commune aide à façonner notre vision de l’identité canadienne. Bâtir un pays comme le nôtre ne peut pas se faire au hasard. Cela demande de la curiosité, de l’ouverture et une volonté de côtoyer ses concitoyens. Il faut aussi avoir l’esprit d’aventure et le désir d’explorer. Le tourisme offre justement les conditions propices à cela.
Pour de nombreux Canadiens, les vacances ne sont pas que des moments de repos et de détente, même si ces moments sont les bienvenus pour tout le monde. C’est aussi l’occasion de découvrir quelque chose de nouveau, de vivre quelque chose de différent et d’élargir ses horizons.
Aujourd’hui, chers collègues, j’aimerais mettre en avant deux types de tourisme qui illustrent parfaitement ce potentiel d’édification du pays : l’agritourisme et les visites des lieux de tournage de films et de séries télévisées au Canada. Ce sont des domaines où nous excellons déjà, mais où, à mon avis, nous pouvons faire encore mieux.
Commençons par l’agritourisme.
Comme le sénateur Black l’a souvent rappelé au Sénat, l’agriculture est l’une des industries les plus vitales du Canada. Elle nourrit notre population, ancre l’économie des régions rurales et façonne les paysages qui définissent notre pays. Pourtant, pour de nombreux Canadiens, en particulier ceux qui vivent dans les centres urbains, l’agriculture peut sembler être un concept lointain et abstrait.
L’agritourisme sert de pont entre ces réalités.
Partout au pays, les producteurs ouvrent leurs fermes, leurs ranchs, leurs vergers et leurs vignobles aux visiteurs. Ce faisant, ils sensibilisent non seulement les Canadiens à l’origine de leurs aliments, mais ils favorisent également un lien plus étroit entre les producteurs et les consommateurs. Les Canadiens peuvent rencontrer les personnes qui cultivent leurs aliments et mieux apprécier leur travail.
L’agritourisme offre une occasion précieuse aux agriculteurs de diversifier leurs revenus et d’ajouter de la valeur à leurs activités. Il contribue à la survie des exploitations agricoles familiales et encourage l’innovation et la résilience. Il permet aux visiteurs de mieux comprendre les pratiques agricoles, d’avoir accès à des aliments frais et locaux et de découvrir la vie en milieu rural, ses traditions et la culture locale. Il contribue ainsi à préserver et à célébrer le patrimoine régional.
Des études démontrent que l’agrotourisme contribue à la création d’emplois locaux, soutient le développement des petites entreprises, renforce l’assiette fiscale des municipalités et stimule l’activité économique dans les collectivités rurales et mal desservies. Bref, il profite aux Canadiens des régions urbaines et rurales sur les plans économique, social et culturel.
Chers collègues, la deuxième dimension que je souhaite aborder, c’est qu’un nombre croissant de visiteurs s’intéressent aux lieux, partout au pays, où ont été filmés des films et des émissions de télévision.
Le Canada est depuis longtemps un chef de file mondial de la production cinématographique et télévisuelle. Nos villes, nos paysages et nos collectivités servent de toile de fond à d’innombrables histoires vues dans le monde entier. Or, on constate de plus en plus que ces productions ne font pas que divertir : elles donnent aussi aux voyageurs l’envie de venir ici.
Les visiteurs sont attirés par les endroits qu’ils ont vus à l’écran. Ils souhaitent se tenir là où leurs scènes préférées ont été tournées, découvrir ces paysages en personne et faire le lien entre la fiction et la réalité. Souvent appelé « ciné-tourisme », ce phénomène est devenu un puissant moteur de fréquentation touristique.
Voici quelques exemples.
La série télévisée Heartland, filmée dans ma collectivité, High River, en Alberta, et dans les environs, en est maintenant à sa 19e saison, un record de longévité parmi les téléromans canadiens présentés en épisodes d’une heure. Elle est traduite dans des dizaines de langues et diffusée dans le monde entier. Depuis des années, des visiteurs se rendent à High River pour voir les endroits qui leur sont familiers, prendre des photos et passer du temps dans un lieu qu’ils ont appris à connaître à l’écran.
Dans notre ville, l’activité commerciale du centre-ville a diminué, et un grand nombre de magnifiques bâtiments anciens sont aujourd’hui vides. Il y a de nombreuses années, un génie a proposé de transformer l’une de ces rues en décor de cinéma permanent. Le premier point d’ancrage de cette rue est un bâtiment aménagé et baptisé « Maggie’s Diner, Tack and Feed Store », l’endroit où tout le monde se rend dans « Heartland » pour avoir ces conversations profondes et sincères que les jeunes femmes ont toutes eues au sujet des chevaux, de l’amour, de leurs parents, etc.
Je passe tout le temps par cette rue, et je ne saurais vous dire combien de fois j’ai vu une mère et sa fille — ou une grand-mère, une mère et sa fille — jeter un œil par la vitrine du Maggie’s Diner, Tack and Feed Store, qui est vide à part quelques lampes, quelques tables d’appoint et ainsi de suite.
Il m’arrive de croiser des gens dans la rue quand je me promène, et je leur demande d’où ils viennent. Ils viennent des Pays-Bas, d’Allemagne, mais aussi de partout au Canada et aux États-Unis. C’est vraiment remarquable. C’est incroyable de voir à quel point notre petite ville profite de l’affluence de ces gens qui viennent séjourner ici pour visiter les lieux de tournage de la série « Heartland ».
On peut trouver un autre exemple par l’intermédiaire de Travel Alberta, qui offre un itinéraire intitulé « The Last of Us Filming Locations: An Alberta Road Trip ». Ce voyage de sept jours emmène les visiteurs d’Edmonton à Calgary, Fort Macleod, Lethbridge, Waterton, puis Canmore, en présentant les lieux du tournage de la série The Last of Us. C’est une illustration convaincante de la façon dont un récit peut se traduire par l’exploration du monde réel.
La ville de Vulcan, en Alberta, offre un des exemples les plus imaginatifs de ciné-tourisme. Connue à l’échelle internationale comme la capitale officielle de Star Trek au Canada, Vulcan a embrassé son lien avec la franchise emblématique. Avec des attractions thématiques et la convention annuelle VulCON, la collectivité a créé une destination unique qui attire des visiteurs du monde entier. Comme on peut le lire sur le site Web de la municipalité pour indiquer où celle-ci se trouve : « […] Vulcan, troisième planète à partir du Soleil, continent de l’Amérique du Nord, pays du Canada, province de l’Alberta […] »
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Voici deux autres emplacements reconnus pour le ciné-tourisme au Canada à l’extérieur de l’Alberta : le restaurant Molly’s Reach, à Gibsons Landing, vu dans l’émission The Beachcombers, ainsi que Cavendish, à l’Île-du-Prince-Édouard, très couru par les passionnés d’Anne… la maison aux pignons verts, autant du roman que de ses adaptations à l’écran.
Molly’s Reach est un café à Gibsons Landing, en Colombie-Britannique. C’est là où se trouve le bureau que loue Nick pour son entreprise de récupération dans l’émission. Le restaurant est le lieu central où se joue l’intrigue. De nos jours, des passionnés de l’émission continuent de visiter Molly’s Reach, qui est la principale attraction touristique de Gibsons Landing.
Des mordus d’Anne… la maison aux pignons verts de partout dans le monde viennent à l’Île-du-Prince-Édouard pour visiter des endroits comme le site patrimonial Green Gables, à Cavendish, et arpenter les rues empruntées par les personnages.
Honorables sénateurs, le ciné-tourisme soutient les économies locales et profite aux établissements d’hébergement, aux restaurants et aux petites entreprises tout en rendant les gens fiers que les histoires et les paysages de leur coin de pays soient connus de par le monde. Il solidifie également la réputation du Canada en tant que pays créatif et dynamique et il crée des expériences communes. Pour le spectateur occasionnel ou l’amateur inconditionnel, pouvoir dire « j’y suis allé » crée une connexion.
Grâce au tourisme agricole, nous renouons avec la terre et entre nous. En misant sur le ciné-tourisme, nous faisons découvrir nos histoires au monde entier et nous invitons les autres à les vivre sur place. En faisant du tourisme un pilier de l’édification du pays, nous renforçons les liens qui unissent le pays.
Merci, sénatrice Sorensen, d’avoir lancé cette interpellation.